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EDITOS
Regaf' est de retour, revit aminé
Cela fait deux ans, depuis la dernière livraison (45/46, spécial Bénin) paru en août 2000, que Regards Africains (Regaf') n'est plus arrivé à publier un seul numéro. Deux ans durant lesquels notre petite équipe n'a pas ménagé ses efforts pour réunir les moyens matériels, financiers et humains qui nous faisaient si cruellement défaut. Sans jamais perdre l'espoir.
Aujourd'hui, nous sommes en mesure de repartir. Après l'appel à contribution que nous avons lancé l'année dernière auprès de nos abonnés et membres, et auquel quelques uns ont généreusement répondu, ainsi que grâce à une politique ciblée de partenariat avec certaines institutions ouvertes à des synergies et pouvant apporter un appui financier ponctuel, la revue se trouve revitaminée. Le Fonds fédéral de Projets contre le racisme s'est engagé à financer ce numéro, tandis que l'ONG Swissaid nous accompagne dans notre nouveau projet de développement. Enfin, quelques individualités sont venues renforcer nos ressources humaines, toujours fragiles - hélas - par le caractère bénévole de notre engagement à tous, et ont aussitôt oeuvré à la reprise des parutions.
Toutefois, la conjugaison de toutes ces ressources ne saurait seule suffire pour relancer la revue. Sans un effet d'entraînement pouvant notamment être répercuté par vous, lecteurs et lectrices, cette embellie risque d'être aléatoire. La plus forte assise que vous pouvez nous offrir reste les abonnements. Remuez et sensibilisez votre entourage afin de l'associer à l'effort de soutien de l'une des rares et des plus durables (depuis 16 ans) expériences associatives du Sud au Nord dans le domaine de l'Information-Communication. Point de vue pointu et sans complaisance, capacité de discernement et vision originales, courage de ses opinions, Regaf' reste unique.
Dignité totale. Tel est l'objectif de ce numéro spécial que nous avons choisi de consacrer exclusivement au racisme anti-Noir. Décliné au passé, au présent et au futur, il revient également sur la Conférence mondiale sur le racisme tenue à Durban en automne dernier. Notre choix a été particulièrement dicté par l'émergence en Suisse d'un fort mouvement contre le racisme anti-Noir, dans le sillage du processus de Durban, et auquel nous participons activement. Largement méconnu dans sa spécificité, ce racisme n'a vu à ce jour un dossier de grande envergure lui être consacré. Le présent numéro participe donc à une démarche visant à déverouiller la parole entourant ce racisme. Le plus visible et, paradoxalement, le plus tu. Donc, le dernier à être pris en considération.
Large spectre. La pertinence de ce numéro réside aussi dans la dimension de ses analyses. La prise de conscience des origines multiples et convergentes de l'infériorisation du Noir permet en effet d'en démonter les mécanismes. Regaf' donne ainsi des clés pour comprendre et, donc, pour mieux combattre, démythifier et dépasser clichés et préjugés négrophobes. Issu des mythologies juives, mis en forme par les traditions arabes, affublé d'un habillage scientifique par l'Occident, le racisme anti-Noir reste profondément ancré dans l'inconscient collectif. Au Nord comme au Sud.
Vérité avant réconciliation. Expression de la voix des victimes, c'est sans complexes que nous faisons endosser ce rôle au présent numéro. N'en déplaise à tous les habituels briseurs d'élan, quand il s'agit des voix des victimes Noires. Toutefois, exigeants, nous ne saurions nous en contenter. Engagés dans la lutte pour les réparations à devoir à ces victimes, nous n'en mettons pas moins l'accent sur l'auto-réparation, afin de reconcilier l'Africain avec lui-même. Outre le jugement de l'histoire qui ne devrait épargner ces rois nègres qui se sont fait complices des deux crimes majeurs contre l'humanité Noire, il convient de reconstruire une personnalité mise à mal par le racisme anti-Noir. Lequel a créé chez le Noir un solide complexe d'infériorité et d'auto-dévalorisation incompatible avec le projet du 21e siècle pour l'Afrique : la renaissance-reconstruction. Thème central de nos prochains dossiers.
Contenu dense, approche décomplexée, liberté de ton, ce numéro ne manquera pas d'irriter, sinon de ravir certains. Le nouveau graphisme rendra au moins agréable sa lisibilité.
En attendant avec intérêt vos réactions, bonne lecture !
- Mutombo Kanyana (Rédacteur en chef)
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Un enfant ne naît pas raciste !
Lorsqu'on parle de racisme, quelque chose qui me tient à cur, il ne faut surtout pas le confondre avec la xénophobie. Ce sont deux choses totalement différentes. Je vais vous expliquer :
Voilà. Quand nous n'acceptons pas une personne d'un autre pays nous sommes xénophobes, nous ne sommes pas racistes. La traduction du mot xénophobie donne : peur de l'étranger (du grec xenos : étranger et de phobos : crainte, peur). Le racisme, par contre, est une idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre des groupes humains qu'on appelle "races". La question qu'il faut se poser aujourd'hui c'est : comment naît le racisme ? De diverses manières : en montrant que les personnes d'une certaine race ne sont pas comme les autres, en disant qu'ils sont stupides et dangereux, etc. En les méprisant, on se considère comme supérieur et, donc, on imagine dans sa tête un classement qui comporterait des êtres inférieurs. Le racisme peut mener à la folie la plus meurtrière, absurde et bête.
Un enfant ne naît pas raciste. Il peut le devenir. Car l'enfant est disponible aussi bien au rejet qu'à l'amour et à l'amitié. Prenons l'exemple d'un enfant vivant à Genève. Normalement, il n'est ni raciste ni xénophobe, car depuis tout petit il vit avec des personnes étrangères et il sait qu'il existe en général des personnes stupides, méchantes, gentilles, intelligentes, etc. Cet enfant ne dira pas, parce qu'un de ses copains est vulgaire, que tous ceux qui font partie de son ethnie le sont aussi. Mais il suffit qu'on lui dise des non-vérités, comme par exemple : Le Noir est inférieur au Blanc, L'Arabe est sale, le Juif est méchant, etc. Même étonné, l'enfant ne cherchera pas à rétablir la vérité, pensant que les adultes disent toujours la vérité.
Lutter contre le racisme, c'est d'abord effacer des mémoires ces clichés. Il faut donc une contre-éducation. Ceux qui sont intelligents et racistes sont dangereux, car ils savent que leur attitude est basée sur quelque chose de faux. La haine de celui qui est différent rabaisse celui qui l'exprime. Il humilie celui qui ne peut pas se défendre. Le racisme est une forme meurtrière de lâcheté. Tout commence avec des mots, des remarques, des insultes. Elles ne sont jamais innocentes et visent souvent le cur de la personne.
On ne pourra pas effacer facilement le racisme de la tête des gens, lorsque certaines idées y sont gravées depuis un bon moment. Le racisme rejette les personnes différentes de vous, il nie leur identité et leur droit fondamental à la dignité. Ce droit nous dit :Tous les êtres humains naissent libres et égaux entre eux, en dignité et en droits.
Donc, personne n'a le droit de traiter une autre personne comme un être inférieur. Les différences des autres font la beauté de l'humanité, avec ses avantages et ses inconvénients...
- Laura Ndaya Mbolela (15 ans)
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"I am Black and I am
not proud !" De la peine à se reconnaître "Noir"
" Say it loud, I am Black ! And I am proud ( Dites-le fort, je suis Noir ! Et j'en suis fier ) "
C'était les années 70. James Brown était au firmament et son hit "Say it loud" était en tête de tous les charts. C'était aussi l'époque du slogan " Black is beautifull ". Finie la honte d'être Noir. Et chacun d'afficher sa coiffure afro de rigueur... Phénomène de mode aujourd'hui dépassé ou resté à la surface, sans qu'une véritable fierté en soit découlée ? Aujourd'hui, à l'heure de " booster " la lutte contre le racisme anti-Noir, certains - et pas seulement des Noirs - ont encore mal à ce mot qui, pourtant, spécifie historiquement autant que visiblement une population précise.
Certains disent : le terme "Noir" est d'essence coloniale. Ils oublient que les Egyptiens, l'un des plus anciens peuples africains, s'appelaient eux-mêmes, selon les recherches de l'illustre Anta Diop, Khemts (ou Khemits, Kemts, etc.) qui signifiait ceux de la couleur de charbon. C'est du reste ce terme que les Juifs ont déformé dans la Bible en "Cham" ou "Ham" en anglais, considéré comme l'ancêtre des Noirs. Dans l'antiquité grecque, l'Egypte était aussi appelé "le pays des Noirs", avec un émerveillement faisant plus cas du savoir scientifique que d'aptitudes à la danse, à la musique.
Le terme "Noir" est par ailleurs fédérateur. Dispersés aux quatre coins du monde, notamment aux Améri-ques, où ils vivent dans un autre contexte socio-politique, les Noirs n'ont que ce terme pour marquer leur appartenance à une origine commune africaine. D'autant que le terme "personnes d'origine africaine", outre sa longueur, est encore moins précis : parmi ces personnes figurent les populations d'origine arabe au Nord du continent ou européenne au Sud.
Le terme "homme de couleur" que semblent parfois préférer certains n'a rien de scientifique. Pire, création coloniale, ce terme est encore plus dévalorisant et plus colonialiste que "Noir", en sous-entendant une race. C'est du reste la raison pour laquelle aux USA, les descendants d'Africains, malgré tous les métissages qui les marquent, continuent à se considérer comme "Blacks", voire même "Niggers" (voir les chansons Rap) et non comme "Coloureds".
Il est certain que le terme "Noir" a une connotation péjorative depuis la colonisation. Et même bien avant, puisqu'une fameuse malédiction frappe ad aeternam les descendants de Cham, les Noirs, selon la Bible. Les Arabes seront les premiers à décréter qu'on est Noir parce que maudit. Mais aujourd'hui, des racistes connotent mal également tout "Arabe", "Juif", "Turc", voire même des "Blancs". Mais, aucun ne remet pour autant en question son identité arabe, juive, turque, ou blanche.
Tout se joue dans le contenu, comment on habite le mot "Noir". Quand on parle de "musique noire", de "sportifs noirs", d'"ambiance noire (ou black)", etc. y-a-t-il une connotation négative ? Aux Noirs donc d'habiter positivement ce mot, dans tous les domaines. On peut s'identifier avec fierté comme "Noir", sans mettre dans ce terme le même contenu que le raciste. Le fait que beaucoup de peuples ont à travers l'histoire dépeint les Noirs de la pire des manières ne doit pas dissuader le Noir à s'identifier différemment de ses ancêtres, notamment égyptiens. D'être des Noirs n'a pas empêché ces derniers de rayonner sur tout l'Occident antique et de complexer nombre d'érudits grecs.
Les Noirs n'ont pas à avoir honte de se reconnaître comme tels. Avant d'être scientifique, la différence relève de prime abord de la visibilité. Forcément.
Comme on le verra dans le présent dossier, et quelles que soient leurs origines géographiques ou nationales, les Noirs ont cristallisé sur eux des images qui leur collent à la peau, en raison de la couleur de celle-ci tout justement. Cet état leur a fait vivre notamment une histoire commune, marquée par deux Holocaustes (traite négrière/esclavage et colonisation). Le terme "Noir", sans être parfait, reste le plus approprié pour désigner cette population très visible. Et aussi le plus percutant des termes pour caractériser une forme de discrimination et de mépris qui frappe celle-ci.
- Mutombo Kanyana
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