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Le sens d'une renaissance, pour (se) reconstruire, la rage au ventre

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En ce début de 21e siècle et d'un 3e millénaire, il est une vision qui s'impose à nous et que nous aimerions partager avec vous. C'est celle d'une Afrique re-naissante, la rage au ventre, gonflée à bloc par ses virtualités et potentialités multiples et réhabilitées. Mais aussi, une Afrique re-naissante de ces cendres aujourd'hui à l'état de charbons ardents, ces calamités qui rongent les élites africaines propulsées Avant-garde du devenir africain par le colonisateur : leur affligeante inclination à la démission de leurs responsabilités confiées à des parrains extérieurs, leur schizophrénique ardeur à précariser leurs peuples, leur révulsive tendance à l'ensauvagement des moeurs politiques, leur irrépressible manie à jouer de l'impunité, leur lymphatique désinvolture face à la déprédation du patrimoine leur vacillante assise sur une auto-culture sans repères précis ni cohérence... Bref, la permanence de leur état général s'inscrit dans la non-dignité et le chaos mental.

La «Renaissance africaine» n'est pas un thème nouveau dans les débats stratégiques agitant les microcosmes intellectuels d'origine africaine face à l'adversité de l'histoire et à l'exigence de libération. Bien avant que l'actuel président sud-africain Thabo Mbeki le remette à la mode en 1994, dans la foulée du nouveau départ amorcé par l'Afrique du Sud post-Apartheid, ce thème s'était déjà retrouvé dans cette question d'Anta Diop dans ce titre d'un article de 1948 : «Quand pourra-t-on parler d'une renaissance africaine?». Question récurrente s'il en est. D'abord réaction contre le racisme blanc et pour l'émancipation des Noirs, aux Amériques, le thème apparaît comme un corollaire dans la négritude de Sedar Senghor ou le panafricanisme de Kwame Nkrumah, outre dans le projet d'unification culturelle d'Anta Diop.

Dans le présent numéro, la renaissance africaine sera moins analysée comme un sujet historique. Boostée par Mbeki, elle revêt en ce début de millénaire et de siècle une tonalité, une texture et des perspectives qui l'ancrent dans la réalité du continent avec une exigence d'approche plutôt pragmatique. Car, l'Afrique réunit tous les éléments nécessaires à sa renaissance. Laquelle se devrait donc de rimer avec un autre puissant défi : la reconstruction du continent. Celle-ci ne sera pas sans une renaissance, laquelle n'a de sens qu'accompagnée de reconstruction.

Sujet vaste, riche, à multiples dimensions, formes et entrées, la renaissance-reconstruction va occuper un dossier qui va s'étaler sur trois ou quatre numéros jusqu'à l'année prochaine, abordé sous l'angle trilogique d'états des lieux, de potentialités et de pistes pour le futur. Si le prochain volet portera exclusivement sur l'apport des femmes africaines, celui-ci se veut relativement éclectique (pp. 39-64) : les absurdités de l'Etat postcolonial africain; le bien-fondé des dettes odieuses, comme celle de l'Apartheid, qui prennent en otage le futur africain; la nécessité d'une autre mentalité à laquelle adosser le développement africain; les voies et moyens pour parvenir à rendre l'Afrique plus performante... Il y a surtout l'accent particulièrement mis à dessein sur la spiritualité africaine. Phagocytée et plus que jamais désertée, malgré toutes les virtualités qu'elle recèle, cette spiritualité représente sans doute un des noeuds et un des lieux de dénouement de la tragédie de l'Homme africain.

Dans ce numéro, nous revenons à notre contenu plus diversifié avec, non seulement un gros dossier, mais aussi des articles sur d'autres sujets, certains en phase avec le thème du dossier. A l'exemple des Pages spéciales consacrées à une des ressources les plus en vue, dans la perspective d'une renaissance africaine, le pétrole (pp. 7 à 15). Cette question est plus particulièrement dans un pays nouvellement pétrolier, le Tchad. Avec, en avant-plan, le rôle de la société civile soutenue par des ONG nationales autant qu'internationales, au nombre desquelles Swissaid. Qui s'est pleinement investie dans ce dossier devenu un défi de son action d'empowerment ou de renforcement des capacités de la société civile locale.

L'empowerment des acteurs africains de la société civile est au coeur de cette renaissance où qu'ils soient. En Suisse également. Où la tendance est plutôt à leur fragilisation. En particulier dans le domaine de la lutte contre le racisme anti-Noir, auquel à été consacré notre dernier numéro. Pointu, non complaisant, fouillé et fondamental, ce numéro n'a pas fait partout l'unanimité. Il a également soulevé des indignations. Notamment du côté des milieux juifs, malgré un étrange mutisme officiel de leur part. Sans doute parce que d'autres se sont chargés de la démarche: les deux instances officielles suisses chargées de lutter contre le racisme, à savoir la Commission fédérale contre le racisme et le Service de lutte contre le racisme, avec des mesures de rétorsion à la clé, pour nous punir. (pp. 4 à 6).

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semble à l'évidence difficile - et la Conférence mondiale de Durban sur le racisme l'a démontré - de faire reconnaître comme véritable (double) Holocauste et crimes contre l'humanité la traite négrière et l'esclavage ainsi que la colonisation qui ont coûté la vie à des centaines de millions de personnes et plongé l'Afrique dans une déchéance totale, multiforme. Or, revisiter son passé, fonction remplie par ce numéro afrocentré, reste essentiel pour un peuple africain nié et dévalorisé dans son histoire. Dans la présente perspective, cette renaissance implique la lutte pour le respect de notre dignité et donc contre le racisme anti-Noir. Elle n'est possible que lorsque les plaies du passé sont, sinon cicatrisées, au moins reconnues.

Devrions-nous nous plier au dictat du politiquement correct tel qu'il nous a été signifié par Berne, dans la réécriture nécessaire de notre histoire avec nos mots et notre vision ? Tant qu'aucune loi n'a été enfreinte, une revendication légitime n'a pas à nous être déniée. A peine lancée en Suisse, dans sa spécificité, la lutte contre le racisme anti-Noir se trouve déjà prise en otage par des structures antiracistes plus politiques qu'éthiques, ethnocentristes et judéocentrées. Cette lutte n'en continuera pas moins dans notre revue, sous la forme d'un cahier spécial Racisme anti-Noir & Intégration, à paraître à chaque numéro (pp.65 à 70).

Ne l'oublions pas. «Renaissance africaine», c'est avant tout un nouvel Africain, auto-reconstruit : vertical, autocentré, cohérent avec les valeurs cardinales ancestrales, intraitable sur la dignité Noire. Avec un leit-motiv: ne plus jamais s'aplatir ni courber l'échine! Croyez-moi, elle se pointe déjà, cette renaissance-là.
Mutombo Kanyana

P.S. - L'année dernière, nous mettions fin à deux années d'interruption de parution. En quelque sorte, Regafí renaissait. Nous avions un peu trop présumé de nos forces renouvelées qui se sont avérées encore fragiles pour reprendre normalement nos parutions. Toutes nos excuses pour la longue absence. Mais notre aventure de 17 ans continue. Avec vous, si vous le voulez bien toujours.

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Revue Regards Africains : Racisme anti-Noir

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